Nous avons crée ce blog afin que notre famille, nos amis puissent partager notre nouvelle vie sur le Fenua! La distance qui nous sépare est bien réelle, mais on ne vous oublie pas ...
Comment naît une perle?
Je vais tâcher de décrire brièvement l'acte chirurgical qui permet d'obtenir ce joyau. Durant cette mission d'une semaine, plus de 3000 greffes ont été effectuées. Pour résumer, les perliculteurs reproduisent artificiellement, ce qui se produit à très faible probabilité dans la nature.
Il s'agit de placer un corps étranger dans l'huître perlière, et plus particulièrement dans une zone appelée "sac perlier". C'est un véritable acte chirurgical. On parle de greffe, car en plus du corps étranger que l'on introduit (le nucléus) dans l' huître, dite receveuse, on ajoute un morceau de tissu (le greffon) provenant d'une huître, dite donneuse.
Vous me suivez toujours? Pour faire une perle, il faut donc deux huîtres, une donneuse (qui est sacrifiée pour prélever les greffons) et une receveuse (qui doit rester bien vivante pour produire la perle).
Le greffon étant de petite taille (4 x 4 mm environ), on peut, à partir d'une receveuse de bonne taille, aboutir à 60 greffons, qui peuvent potentiellement servir à 60 greffes.
Voilà des huîtres donneuses ouvertes. Le greffon est découpé dans le manteau de l'huître. Le manteau, c'est la bande noire en bordure de coquille (vous savez, la partie qui se rétracte quand on met du citron dans nos bonnes fines de claires avant de les déguster!).
Les cellules du manteau ont la capacité de déposer de la nacre colorée: c'est la coloration irisée en bordure de coquille. Cette particularité cellulaire est utilisée pour la production de perles: on place le greffon en contact avec le nucléus dans le sac perlier, et la nature fait le travail! Les cellules du greffon se multiplient, déposent des couches de nacre successives sur le nucléus. Au bout de 15 à 18 mois, on obtient une perle!
Enfin, il y a tout de même de la perte! En moyenne, 60% des huitres donneront une perle (les 40% restant correspondent à des huîtres receveuses qui rejettent le nucléus).
A la récolte, seulement 5% des perles seront de bonne qualité et commercialisables en classe A!
Voilà le greffonneur, celui qui prépare les greffons pour le greffeur. Il découpe la bande de manteau et la fractionne en autant de greffons que nécessaire.
En parallèle, je conserve un spécimen de chaque greffon pour les extractions d'ADN (assignation de parenté des descendants) et d'ARN (validation de l'expression de gène minéralisateur par l'huître donneuse).
Lorsque les greffons arrivent sur la table du greffeur, celui-ci y met un colorant rouge afin de mieux visualiser la position du greffon sur le nucléus dans le sac perlier de l'huître receveuse. Je vous assure qu'une fois entre-ouverte, c'est pas évident d'y voir quelque chose lorsqu'on à pas l'habitude!
Voilà Jacques en plein acte chirurgical: l'huître receveuse est positionnée sur un support la mettant au niveau de son regard.
Le nucléus est sphérique et est composé d'une coquille de moule du Mississipi, enrobée d'agents minimisant le rejet (agents de prolifération cellulaire, antibiotiques...). C'est la boule jaune que vous voyez au bout de l'instrument du greffeur. Sa taille dépend de la taille de l'huître receveuse. Plus cette dernière est grande, plus son sac perlier est grand, et plus grand sera le nucléus utilisé.
Les gestes sont rapides, précis et nécessitent l'utilisation de plusieurs instruments:
- un écarteur, la pince qui permet d'entre-ouvrir l'huitre sans la blesser.
- un instrument à deux embouts qui demande une grande dextérité: d'un geste, insertion du nucléus (la boule jaune) et en retournant l'instrument, bon positionnement du greffon, à côté du nucléus, dans le sac perlier.
Une fois la manip effectuée, l'écarteur est retiré et l'huître est placée dans un "kangaroo"; une sorte de portoir à huîtres pourvu de 10 poches. Chaque kangaroo sera replacé sur les filières dans le lagon afin que les huitres continuent leur cycle de vie.
Ici, vous voyez la mise en attente des kangaroo dans les longs bassins (en second plan sur la photo) avant leur transfert sur les filières du lagon.
Voilà, durant cette semaine de greffe expérimentale, c'est plus de 3000 greffes qui ont été réalisées sur les 5 journées!
Un greffeur fait en moyenne 350 greffes par jour sous une chaleur accablante. Les journées commencent à 6h00 et se terminent à 14h30. Il m'a fallu jouer au chef d'orchestre et surtout faire attention à ce que tout se fasse dans le bon ordre!
Pour info, les huitres donneuses sont issues de croisements contrôlés. L'objectif de la manip est de tester les familles produites (10 donneuses par famille) sur leur capacité à donner telle ou telle couleur de perle en fonction de leur lien de parenté. C'est l'un des axes de recherche, en matière de sélection génétique de l'huître donneuse, dont je suis responsable.
Voilà une partie de l'équipe qui a participé à la manip: en vert, Manaari, un VCAT de l'Ifremer, Raia, greffonneur, Jérémy, VCAT également, Jacques, greffeur (imbibé à la Hinano dès que le week-end arrive mais gentil comme tout! il est même venu nous chercher pour nous emmener au marché d'Avaturu, le dimanche matin vers 5H, dans sa gimbarde... j'ai cru qu'on n'allait jamais arriver en entier vu la vitesse à laquelle il s'est pris les ralentisseurs et les zig-zag qu'il faisait sur la route...) et Hinatea, greffeuse.
Et au centre, les acteurs les plus importants : les huîtres donneuses protégées dans un grillage, afin d'échapper à la voracité des prédateurs (raies léopards, balistes etc....).
Récolte de cette manip dans 15 mois!